
Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message d’une responsable RH. Quelques lignes simples, de celles qu’on relit deux fois :
« La situation est apaisée, les collaborateurs et collaboratrices sont contents de venir travailler, ils participent activement aux réunions, donnent leur avis et proposent des idées pour avancer ensemble. »
Derrière ces mots, il y avait cinq années de conflits larvés. Cinq années de non-dits, de réunions où l’on se taisait, de tensions que tout le monde voyait et que personne ne nommait. Et il y avait une PME, dirigée par des personnes qui ont décidé, un jour, de ne plus laisser faire.
Ce message m’a donné envie d’écrire sur une chose que je ressens depuis longtemps sans l’avoir vraiment formulée : j’aime profondément travailler avec les PME. Et je crois que ce qui les rend si particulières face aux conflits peut inspirer bien au-delà de leurs murs.
Une entreprise qui a un visage
Dans une PME, l’entreprise a un visage. Souvent, elle porte un nom de famille. Celle ou celui qui la dirige l’a fondée, ou l’a reçue de ses parents, parfois de ses grands-parents, avec tout ce que cela suppose de nuits blanches, de risques pris et de fierté silencieuse.
Ces dirigeantes et ces dirigeants regardent leur entreprise à l’échelle d’une vie, souvent de plusieurs. Leur souhait le plus profond, même s’ils le disent rarement à voix haute, c’est que l’entreprise leur survive, qu’elle reste debout et digne bien après eux.
Cette perspective change tout dans la manière d’aborder un conflit. Car un conflit non traité ne disparaît pas avec le temps : il s’installe, il s’hérite. Il devient un passif que l’on lègue à la génération suivante, ou que découvrira un jour un repreneur. Les dirigeant·es de PME le sentent, souvent intuitivement, et c’est ce qui les rend si attentifs.
Quand la direction apprend d’abord à se couvrir
J’interviens aussi dans de grandes organisations, et j’y rencontre des personnes remarquables. Mais j’y observe souvent une autre logique, qui tient moins aux individus qu’aux systèmes dans lesquels ils évoluent.
Les mandats y sont plus courts, les postes plus exposés, les responsabilités plus diluées. Dans ce contexte, tout le monde, de la direction générale aux managers en passant par les ressources humaines, apprend vite à se protéger. Face à une alerte, la première question qui surgit devient alors « comment je me couvre ? », et ce n’est que plus tard, parfois trop tard, que vient « qu’est-ce que cela va coûter à l’organisation ? ».
Il ne s’agit pas de mauvaise foi, mais d’un réflexe que l’organisation elle-même fabrique. Et je veux saluer ici les RH qui travaillent dans ces grandes structures et qui ont à cœur d’aller à contre-courant de ces logiques, parfois bien seul·es.
Dans une PME, l’alerte arrive vite sur le bon bureau
Dans les PME que j’accompagne, j’observe presque toujours l’inverse. Quand une alerte remonte, elle arrive rapidement sur le bureau de quelqu’un qui a le pouvoir de décider, et qui a tout à perdre à attendre. La réaction y est généralement plus rapide et plus directe.
Et au-delà de la résolution du conflit lui-même, ce qui compte pour ces dirigeant·es, c’est l’impact durable. Ils ne veulent pas seulement éteindre un feu : ils refusent qu’un incident vienne défaire ce qu’ils ont mis des années, parfois des générations, à construire.
C’est pour cette raison que je crois tant à la détection précoce. Quand les équipes sont formées et savent à qui s’adresser, les personnes appellent tôt, bien avant que la situation ne dégénère. Dans les organisations où j’interviens comme external person of trust, moins de 2 % des salarié·es nous contactent chaque année : non par méfiance, mais parce que la formation en amont, de l’ensemble des salarié·es, a déjà fait une grande partie du travail. Les gens savent distinguer un désaccord opérationnel d’un conflit qui pourrait mener à du harcèlement.
La réputation se protège de l’intérieur
Il y a une autre raison pour laquelle j’aime travailler avec les PME : elles écoutent ce que je viens leur dire.
Ce qui m’anime, c’est de protéger à la fois l’intégrité des personnes et la réputation des organisations. Or une réputation se protège rarement à coups de communication externe. Elle se construit, ou se fissure, à l’intérieur : dans la définition des rôles et des responsabilités, dans la manière dont les décisions sont prises, dans les processus qui laissent ou non de l’espace aux tensions, dans la façon dont on se parle au quotidien.
Traiter un conflit sans regarder ce qui l’a rendu possible, c’est s’assurer qu’il reviendra, sous un autre visage. C’est pourquoi notre approche, que nous avons réunie dans l’offre Rezalliance Protect, relie la prévention, l’écoute, l’analyse et l’accompagnement des organisations. Les dirigeant·es de PME, parce qu’ils pensent à long terme, comprennent très vite la valeur d’un dispositif de PCE robuste.
Lors de mes interventions, je ne m’arrête pas au cas, je répare aussi ce qui l’a rendu possible.
Cinq ans de silence, puis une équipe qui reprend la parole
Revenons à cette PME et au message de sa RH.
L’urgence d’abord. Tout a commencé par une alerte : une salariée en détresse. Je suis intervenue en gestion de crise, avec une seule priorité dans un premier temps : apaiser, protéger, permettre à chacun de retrouver un peu d’air.
Comprendre ensuite. Une fois la situation stabilisée, la question n’était plus seulement « que s’est-il passé ? », mais « qu’est-ce qui, dans l’organisation, a permis que cela dure cinq ans ? ». Nous avons mené un audit, en expliquant ouvertement notre démarche à toute l’équipe. Personne n’était obligé de venir me parler. Les trois quarts des collaboratrices et collaborateurs l’ont pourtant choisi. Pour moi, ce chiffre dit tout de la confiance qui commençait déjà à renaître.
Réparer enfin. L’audit a débouché sur une analyse des risques et des mesures concrètes. Le conseil d’administration nous a alors demandé d’accompagner leur mise en œuvre. Pendant plusieurs mois, j’ai travaillé aux côtés de la RH sur ce qui fait tenir une organisation au quotidien : qui fait quoi, qui décide de quoi, et comment les interactions se font.
C’est au bout de ce chemin qu’est arrivé le message cité plus haut. Le conflit n’a pas seulement été résolu : l’entreprise a retrouvé du souffle et de l’élan.
Si vous dirigez une PME : quatre réflexes face à une alerte
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, voici ce que je conseille aux dirigeant·es que j’accompagne, dès le premier signal.
- Accueillir l’alerte, même quand elle est discrète. Un silence inhabituel, une absence qui se répète, une phrase lâchée en fin de réunion : les alertes arrivent rarement sous forme de plainte officielle. Remerciez la personne qui parle et écoutez-la sans juger. C’est souvent le moment où tout se joue.
- Protéger avant de chercher des responsables. La priorité, c’est la santé et la sécurité des personnes concernées. La recherche des faits viendra ensuite, avec méthode et dans le respect de tous les protagonistes.
- Ne pas affronter la situation seul·e et éviter d’être juge et partie. Dans une PME, tout le monde se connaît, et vous aussi êtes pris dans les liens de familiarité. Faire appel à un regard extérieur et neutre, c’est protéger les personnes, mais aussi votre légitimité de dirigeant·e.
- Regarder au-delà du cas. Posez-vous la question qui change tout sur la durée : qu’est-ce qui, dans notre organisation, a permis que cela arrive ou perdure ? C’est là que se trouve la vraie protection de votre entreprise pour les années à venir.
Bâtir pour durer
Ce que les PME m’apprennent, au fond, c’est que la gestion des conflits touche à quelque chose de plus grand qu’une procédure : la transmission. On ne règle pas un conflit seulement pour aujourd’hui, mais pour que l’entreprise que l’on a bâtie reste un lieu où l’on a envie de venir travailler demain, et après-demain.
C’est aussi ce travail que nous menons aux côtés des directions et des conseils d’administration : les aider à regarder au-delà du cas, avant, pendant et après une crise. Si une tension s’installe chez vous, ou si vous préférez simplement agir avant qu’elle n’arrive, parlons-en. Nous pouvons faire le point ensemble lors d’un échange découverte de 20 minutes.
Joëlle Payom, fondatrice de Rezalliance